Juliette Landon, cycliste passionnée : apprendre à rouler avec soi-même

Il y a des trajectoires toutes tracées. Et puis il y a celles qui serpentent, bifurquent, ralentissent… avant de trouver leur juste cadence.

Juliette Landon fait partie de cette deuxième catégorie. Une cycliste qui n’est pas née avec un vélo entre les mains, mais qui a construit, kilomètre après kilomètre, une relation profonde avec sa pratique. Une relation faite de curiosité, de doutes, de douleurs… et surtout, d’une lucidité rare sur ce que le sport peut (vraiment) nous apporter.

Du praticable à la selle : une découverte tardive mais intense

À la base, Juliette ne vient pas du tout du monde de l’endurance. Pendant dix ans, elle pratique la gymnastique aux agrès. Un sport explosif, millimétré, à l’opposé des longues heures de selle.

Le vélo arrive ensuite, presque par hasard, via le triathlon.

Et très vite, une évidence : « Des trois sports, c’était celui qui me procurait le plus de fun. »

Le déclic est là. Elle délaisse progressivement la natation et la course à pied pour se consacrer au cyclisme. Mais ce passage d’un sport court et explosif à un sport d’endurance n’est pas sans heurts.

Passer de quelques minutes d’effort à plusieurs heures sur un vélo ? Un vrai apprentissage. Physique… et mental.

Apprendre seule (et comprendre pourquoi ça peut ralentir)

Comme beaucoup de débutants, Juliette se lance sans véritable cadre.

Pas de mentor. Peu de repères. Beaucoup d’expérimentation.

Son plus gros défi au départ ? L’autonomie.

  • Savoir s’alimenter

  • Comprendre la mécanique

  • Oser rouler seule… puis en groupe

  • Se faire confiance au milieu du trafic

Et parfois, ça donne des situations… disons, mémorables. « J’ai mis des collants de ville sous mon cuissard… Une catastrophe. »

Au-delà de l’anecdote, un message important : débuter, c’est souvent bricoler, tester, se tromper. Mais Juliette le reconnaît avec recul : rester seule trop longtemps dans sa pratique a ralenti son apprentissage. « Quand on trouve des copains, ça va forcément plus vite. »

Observer, échanger, demander… c’est aussi progresser.

La curiosité comme moteur (et parfois comme coach)

Sans cadre structuré, Juliette développe une autre qualité clé : la curiosité.

Une publicité sur la cadence de pédalage.
Un détail aperçu à la télévision.
Une sensation inhabituelle sur le vélo.

Et tout devient terrain d’exploration.

Petit à petit, elle construit sa pratique par accumulation de micro-apprentissages. Pas toujours optimisés, mais profondément intégrés. Un chemin plus long… mais aussi plus personnel.

Aller plus loin : compétition, collectif et quête de place

La passion grandit. Et avec elle, l’envie d’aller plus loin.

Juliette ne se contente pas de rouler : elle s’engage. Elle participe à la création d’une section féminine en compétition à Nancy.

Un projet structurant. Nourrissant. Exigeant. Mais aussi révélateur. Trouver sa place dans le cyclisme, ce n’est pas seulement performer. C’est comprendre ce qu’on veut y mettre… et ce qu’on peut y donner.

Quand le corps freine : la réalité des douleurs chroniques

Puis arrive une autre réalité, bien moins glamour : la douleur chronique.

Une hanche capricieuse. Des intensités de plus en plus difficiles à tenir. Et, comme souvent, un parcours médical long, flou, épuisant. « On a vite fait de se dire : je fabrique ma douleur ». Le diagnostic finit par tomber. Opération en 2022. Reprise… trop rapide. Et surtout, une prise de conscience. Le vélo ne peut plus être abordé comme avant.

Changer de regard : du “toujours plus” au “juste assez”

Aujourd’hui, Juliette ne parle plus de performance. Elle parle de durée. « Je veux pouvoir continuer de pratiquer à 60 ou 70 ans. »

Sa pratique devient un équilibre subtil entre :

  • plaisir et douleur

  • envie et limite

  • intensité et acceptation

Elle apprend à composer, à adapter, à renoncer parfois. Et surtout, à élargir sa vision du vélo : « Je suis davantage capable d’apprécier différentes pratiques qu’avant. »

Moins de contrôle. Plus de nuances.

Données, technologie… et liberté retrouvée

Comme beaucoup de cyclistes, Juliette passe aussi par une phase très “data”. Puissance, watts, performance : tout est analysé. « Je voulais rattraper mon retard. » Puis vient le temps du recul. Aujourd’hui, les données ne dictent plus sa pratique. Elles l’accompagnent. « Une donnée, c’est un indicateur. »

Une sortie moins performante ? Ce n’est plus un échec. Juste un état du moment.

Le vrai changement est là : passer du contrôle à la compréhension.

Planifier pour mieux être libre

Autre évolution marquante : sa manière d’aborder les sorties.

Juliette oscille entre deux profils :

  • la cycliste “hygiénique” qui optimise ses entraînements

  • l’exploratrice qui trace de nouvelles routes

Et contrairement aux idées reçues, planifier n’est pas pour elle une contrainte. « Je mets la liberté dans le savoir et la connaissance. »

Connaître son parcours, ses difficultés, son terrain…
c’est ce qui permet, paradoxalement, de s’en affranchir. Préparer, c’est se donner le choix.

Le vrai message : trouver son équilibre

Au fond, l’histoire de Juliette dépasse largement le cyclisme. C’est une réflexion sur la place du sport dans nos vies. « Le sport peut être autant libérateur que très complexifiant. »

Alors son conseil est simple. Mais pas simpliste :

  • ne pas faire du sport une fuite

  • ne pas s’y perdre

  • rester aligné avec soi

Et surtout : « Faire en sorte que ça reste joyeux. »


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