Comment le vélo peut complètement changer la confiance que l'on a en soi : l'histoire de Charlotte Martin

Quand on pense au vélo, on imagine souvent la performance.

Les watts. Les cols. Les chronos.

Et pourtant, en discutant avec Charlotte Martin, je me suis rendu compte que le vélo pouvait apporter bien plus que ça.

Il y a seulement deux ans, Charlotte n'avait jamais vraiment pratiqué le cyclisme. Elle empruntait le vélo de son père, roulait avec un cadre beaucoup trop grand pour elle et n'osait même pas partir seule de peur des voitures.

Aujourd'hui, elle prépare un défi complètement fou : parcourir l'intégralité du parcours du Tour de France Femmes avec Zwift, étape après étape, quelques jours avant les professionnelles.

Ce qui m'a marqué pendant cette discussion, ce n'est pas seulement le défi. C'est tout ce qui s'est passé entre ces deux moments. Parce qu'au fond, cet épisode ne parle pas uniquement de vélo.

Il parle de confiance, de progression et de toutes ces barrières que l'on se met parfois soi-même.

« Je n'étais pas cycliste »

Quand Charlotte annonce sur les réseaux sociaux qu'elle va réaliser le parcours du Tour de France Femmes, beaucoup imaginent qu'elle pratique le vélo depuis toujours.

La réalité est toute autre. Elle se définit elle-même comme une cycliste amateur qui a commencé il y a seulement deux ans.

Avant ça, son univers, c'était surtout la course à pied. Du basket pendant son enfance, puis de l'athlétisme et des cross.

Des 10 km aussi, puis des semi-marathons et des marathons.

Le vélo est arrivé presque par hasard, juste après le marathon de Paris.

Comme beaucoup de coureurs, elle devait couper quelques jours. Ses frères lui proposent alors une sortie récupération à vélo.

Elle emprunte celui de son père, beaucoup trop grand, part pour une trentaine de kilomètres... et découvre une sensation complètement différente de la course à pied.

Cette impression de pouvoir aller loin, très loin… C'est ce qui lui donne envie de recommencer.

Commencer le vélo n'est pas aussi simple qu'on le croit

On parle souvent du vélo comme d'un sport accessible.

Mais quand on écoute Charlotte raconter ses débuts, on se rend compte que commencer le cyclisme peut être intimidant.

Il faut choisir un vélo, comprendre les tailles de cadre, acheter des chaussures, apprendre à utiliser les pédales automatiques, tracer des itinéraires, savoir réparer une crevaison.. Et surtout : apprendre à rouler au milieu des voitures.

Charlotte le raconte avec beaucoup de sincérité.

Au début, elle avait peur. Peur de rouler seule. Peur de zigzaguer. Peur de ne pas être à sa place sur la route.

Sa première sortie en solitaire est arrivée bien plus tard qu'on pourrait l'imaginer.

Et je pense que beaucoup de personnes qui débutent se reconnaîtront dans ce qu'elle raconte. Parce qu'on parle finalement assez peu de cette étape-là.

On montre souvent les longues sorties du dimanche, beaucoup moins les premiers kilomètres où l'on doute de tout.

Le vélo est un sport où l'on apprend en permanence

Ce qui ressort aussi de notre échange, c'est que le vélo est un univers immense.

Quand on débute, on découvre rapidement qu'il ne suffit pas de pédaler.

Il faut comprendre :

  • Le matériel

  • La nutrition.

  • Les braquets.

  • Les pneus.

  • Les vêtements.

  • La mécanique.

Et parfois, tout cela peut décourager.

Charlotte explique d'ailleurs qu'elle avait du mal à trouver des contenus qui s'adressaient réellement aux débutants.

Elle avait souvent l'impression que tout le monde parlait déjà un langage qu'elle ne maîtrisait pas :

  • Des termes techniques.

  • Des références.

  • Des habitudes.

Comme si tout le monde connaissait déjà les codes du cyclisme.

Parce que lorsqu'on baigne dans cet univers depuis plusieurs années, on oublie facilement ce que représente le premier pas.

Être bien entouré change énormément de choses

S'il y a un élément qui revient tout au long de notre discussion, c'est l'importance de l'entourage.

Charlotte a eu la chance de commencer avec son père, ses frères et son compagnon, qui pratiquent déjà le vélo.

Bien sûr, ils roulaient plus vite qu'elle, bien sûr, certaines sorties étaient difficiles.

Mais elle explique surtout qu'ils ont toujours cru en elle avant même qu'elle y croie elle-même. Parce qu'on sous-estime souvent l'impact d'un entourage positif.

Quelqu'un qui vous dit : « Tu peux le faire. »

Parfois, c'est exactement ce dont on a besoin pour franchir un cap.

Petit à petit, elle a gagné en confiance, elle a appris à rouler, à prendre sa place dans un groupe, à sortir seule, à accumuler les kilomètres.

Sans vraiment s'en rendre compte, elle progressait.

Le déclic n'est pas venu du vélo... mais du triathlon

Est-ce que le vélo avait changé sa façon de voir les choses ? En réalité, le vrai déclic est venu d'un triathlon.

Charlotte s'inscrit sur une distance M : elle ne sait quasiment pas nager, elle ne se fixe aucun objectif de résultat, elle veut simplement terminer.

Et contre toute attente, elle franchit la ligne d'arrivée à une place qu'elle n'aurait jamais imaginée.

À ce moment-là, elle comprend quelque chose : depuis des années, ce n'est pas son niveau qui la limitait. C'était souvent la manière dont elle percevait ses propres capacités.

Elle raconte qu'avant chacune de ses courses à pied, malgré des semaines d'entraînement, elle était persuadée qu'elle n'allait pas réussir … puis elle réussissait. Encore et encore.

Le triathlon lui a simplement permis de prendre conscience qu'elle se mettait elle-même des barrières.

Beaucoup de sportifs se reconnaîtront sans doute dans ce sentiment.


Le Tour de France Femmes n'est finalement qu'une conséquence

Quand Charlotte annonce son projet de réaliser toutes les étapes du Tour de France Femmes, on pourrait croire qu'il s'agit simplement d'un défi sportif.

En réalité, c'est beaucoup plus que ça. Elle ne cherche pas à imiter les professionnelles, elle ne cherche pas un chrono, elle veut vivre une aventure et partager cette expérience avec ses frères.

Créer des souvenirs, documenter chaque étape, montrer qu'une cycliste amateur peut aussi vivre ce type d'aventure.

C'est d'ailleurs ce qui rend son projet si inspirant : elle sait que ce sera difficile, elle sait qu'elle va souffrir, elle sait qu'elle n'a pas grandi dans les Alpes et qu'elle découvre encore beaucoup de choses sur le vélo.

Mais elle accepte cette part d'inconnu, et c'est précisément ce qui la motive.

Pourquoi il y a encore trop peu de femmes qui osent commencer le vélo

Charlotte explique qu'elle a longtemps eu du mal à trouver des femmes auxquelles s'identifier lorsqu'elle a commencé le vélo.

Elle voyait beaucoup de contenus, mais rarement des personnes qui racontaient leurs débuts : leurs peurs, leurs erreurs, leur progression.

C'est aussi pour cette raison qu'elle organise aujourd'hui des social rides.

L'idée est simple : créer un environnement où les débutants peuvent venir rouler sans pression, sans avoir peur du regard des autres, sans se demander s'ils sont « assez forts ».

Finalement, beaucoup de personnes n'ont pas besoin d'un meilleur vélo : elles ont simplement besoin d'oser faire leur première sortie !

Ce qu’il faut retenir

Charlotte ne n’a pas une méthode pour préparer neuf jours de vélo mais elle nous rappelle quelque chose que l’on oublie facilement : personne ne commence avec 150 kilomètres dans les jambes, personne ne naît en sachant utiliser des pédales automatiques, personne n'est immédiatement à l'aise au milieu de la circulation.

Chaque cycliste est passé par une première sortie, une première peur, une première chute parfois, une première montée où il a fallu poser le pied.

Et c'est justement cette accumulation de petites victoires qui construit progressivement la confiance.

Finalement, le plus grand défi n'était peut-être pas le Tour de France

Est-ce que Charlotte a peur ? oui.

Mais elle le dit, si elle n'avait pas peur, c'est peut-être que le projet ne serait pas assez ambitieux.

Le défi de Charlotte n'est pas seulement de parcourir neuf étapes, son vrai défi, c'est d'accepter de sortir de sa zone de confort. De croire qu'elle peut y arriver. Et, au passage, de donner envie à d'autres femmes et plus largement à tous ceux qui hésitent encore à se lancer sur un vélo.

Parce qu'au fond, le vélo ne change pas seulement notre condition physique, il change parfois la manière dont on se regarde soi-même.


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