Tom Tassaro : quand le vélo ne suffit plus à fuir ses blessures
Il y a des histoires qui dépassent largement le sport.
Des histoires où la performance devient un refuge, où l'entraînement sert à oublier, où la quête du corps parfait finit par enfermer plus qu'elle ne libère.
Dans ce nouvel épisode de Dans la Tête d'un Cycliste, Tom Tassaro raconte sans détour son parcours. Celui d'un jeune espoir du cyclisme, promis à une carrière professionnelle, dont la vie bascule brutalement après le décès de sa sœur. Ce traumatisme l'entraîne progressivement dans des troubles du comportement alimentaire (TCA), jusqu'à mettre sa santé en danger.
C'est un épisode sur le vélo. Mais surtout sur la reconstruction.
Un rêve de cycliste qui semblait tout tracé
Tom grandit dans une famille où le vélo fait partie du quotidien. Très vite, il découvre le VTT puis le cyclo-cross, avant de rejoindre un pôle espoir et d'intégrer très jeune la structure d'Astana après une performance remarquée en Coupe de Suisse.
À seulement 16 ans, il reçoit du matériel professionnel, participe à des stages de plusieurs centaines de kilomètres et rêve naturellement de devenir coureur professionnel.
Tout semble alors parfaitement aligné.
Le drame qui fait basculer toute une vie
À la sortie du lycée, alors qu'il prépare la suite de sa carrière, sa sœur décède brutalement dans un accident de voiture.
Tom continue pourtant d'avancer.
Il poursuit ses études.
Il s'entraîne.
Il garde le sourire.
Mais intérieurement, tout s'effondre.
Ne pouvant contrôler ce qui lui arrive, il commence à contrôler la seule chose qui lui semble encore maîtrisable : son alimentation.
Quand la discipline devient une maladie
Au départ, rien ne semble inquiétant.
Il refuse une pizza.
Puis un McDonald's.
Puis un repas entre amis.
Les excuses sont toutes trouvées.
“Je prépare une course."
"Je fais attention."
"Je suis discipliné."
Mais derrière cette image d'athlète rigoureux se cache une réalité beaucoup plus sombre.
Tom se pèse plusieurs fois par jour, supprime progressivement des aliments entiers de son alimentation et finit par perdre plus de 14 kg en quelques semaines.
Le plus difficile ?
Il ne se rend même pas compte qu'il est malade.
Le sport n'est plus une passion, mais une punition
L'entraînement devient lui aussi un moyen de souffrir.
Sortir longtemps dans le froid.
Rouler sans suffisamment manger.
Chercher volontairement l'hypoglycémie.
La souffrance physique devient presque plus facile à supporter que la souffrance psychologique.
Jusqu'au jour où son corps ne répond plus.
Impossible de pédaler.
Impossible de monter quelques marches sans s'arrêter.
Les malaises se multiplient.
Le cyclisme s'arrête.
Le mannequinat entretient la spirale
Paradoxalement, c'est à ce moment que Tom est repéré pour devenir mannequin.
Défilés.
Fashion Week.
Vogue.
Une nouvelle carrière s'ouvre devant lui.
Mais ce nouvel univers entretient les mêmes mécanismes.
Toujours plus mince.
Toujours plus sec.
Toujours plus parfait.
La comparaison permanente et les exigences esthétiques renforcent encore ses troubles alimentaires.
Le triathlon comme renaissance
Le déclic arrive presque par hasard.
Après un shooting pour une marque de cyclisme, Tom remonte sur un vélo.
Puis découvre le triathlon.
En quelques semaines, il dispute son premier triathlon, puis son premier Half-Ironman avec des résultats déjà impressionnants.
Mais surtout, il découvre une communauté où la performance ne passe pas uniquement par le poids.
Pour performer, il faut... manger.
Cette idée, pourtant évidente, est une révolution pour lui.
L'Australie, loin de tout, pour mieux se retrouver
Après une nouvelle blessure, Tom décide de partir seul en Australie.
Sans plan.
Sans billet retour.
Sans repères.
Là-bas, il travaille, vit dans des auberges de jeunesse et rencontre des personnes qui vont progressivement l'aider à retrouver un rapport plus sain avec la nourriture.
Petit à petit, il réapprend à manger.
À apprécier un plat.
À ne plus culpabiliser.
À reconstruire une relation normale avec son corps.
On ne guérit pas en un jour
Tom insiste sur un point essentiel.
Aujourd'hui encore, il ne dit pas être totalement guéri.
Les TCA ne disparaissent pas par magie.
Ils demandent un travail quotidien.
Accepter un repas improvisé.
Ne plus monter sur une balance.
Réintroduire progressivement des aliments qui faisaient peur.
Chaque petite victoire compte.
La plus belle victoire n'était pas une médaille
À la fin de l'épisode, Tom raconte une anecdote bouleversante.
Après l'AlpsMan, il partage une pizza avec un ami.
La première depuis des années.
Pas de culpabilité.
Pas de calcul.
Juste le plaisir de manger.
Pour beaucoup, cela paraît anodin.
Pour lui, c'est probablement la plus grande victoire de sa vie.
Parce qu'avant de retrouver la performance, il fallait d'abord retrouver la liberté.