Les 10 erreurs d’entraînement les plus fréquentes en cyclisme professionnel
(et pourquoi les amateurs les font… exactement pareil)
On imagine souvent le cyclisme professionnel comme une mécanique parfaitement huilée : entraînements millimétrés, récupération optimisée, data ultra-précise, zéro place pour l’erreur. Spoiler alert : c’est faux.
Dans cet épisode de Dans la tête d’un cycliste, Jimmy Turgis, ancien coureur pro et aujourd’hui entraîneur, présente une à une les 10 erreurs d’entraînement les plus fréquentes, y compris au plus haut niveau. Et le constat est sans appel : pros et amateurs font souvent les mêmes erreurs, seule l’échelle change.
Erreur n°1 – En faire trop, trop vite
Le mythe du « plus je m’entraîne, plus je progresse »
C’est probablement l’erreur la plus répandue. L’excès de motivation, notamment en début de saison, pousse certains coureurs à en rajouter : une demi-heure de plus, une séance en plus, un peu plus d’intensité.
Jimmy Turgis le reconnaît sans détour : « Plus plus plus, ça ne fait pas toujours plus après. »
🎯 Le problème ? On bascule vite dans une fatigue résiduelle, on s’entraîne sur de la fatigue… et la progression s’effondre. La clé n’est pas d’en faire toujours plus, mais de faire confiance au processus, quitte à discuter avec son entraîneur si les sensations sont exceptionnellement bonnes.
Erreur n°2 – Négliger la récupération
Oui, les jours faciles font partie de l’entraînement
Accepter de lever le pied est souvent plus difficile que de forcer. Jimmy raconte combien il avait du mal, jeune pro, à accepter une journée off ou une sortie très courte.
Pourtant, la récupération est un investissement, pas une perte de temps. Elle est à la fois physique et mentale. Jardiner, marcher, passer du temps en famille : parfois, ce n’est pas le corps qu’on repose, mais la tête. Et ça compte tout autant.
Erreur n°3 – Oublier la charge invisible
Fatigue mentale, déplacements, stress : tout compte
La fatigue ne vient pas uniquement des watts. Trajets interminables, nuits écourtées, pression médiatique, boulot à côté pour les amateurs… tout cela crée une charge invisible qui pèse lourd.
Un entraînement parfaitement calibré peut devenir contre-productif si l’athlète arrive déjà entamé. D’où l’importance de réajuster les séances en fonction du contexte réel, pas uniquement du planning initial.
Erreur n°4 – Laisser la data remplacer les sensations
Quand la montre décide à ta place
Capteurs de puissance, FC, sommeil, variabilité… la technologie est un outil formidable. Mais elle devient problématique lorsqu’elle remplace totalement l’écoute du corps.
Jimmy est clair : « Je préfère un athlète qui dit “je me sens fatigué” plutôt que “ma montre me dit que je suis fatigué”. »
L’idéal ? Apprendre à se situer avant de regarder ses chiffres. La data doit confirmer ou questionner une sensation, pas la créer.
Erreur n°5 – Oublier la spécificité de sa discipline
Un sprinteur n’est pas un grimpeur
Chez les pros, l’individualisation limite cette erreur. Mais le principe reste fondamental : on ne s’entraîne pas de la même façon selon son profil et son objectif.
Endurance, seuil, sprint, chrono, cyclo-cross… le cyclisme est pluriel. Et l’entraînement doit l’être aussi.
Erreur n°6 – Mal gérer la coupure
Couper, ce n’est pas régresser
La peur de perdre son niveau pousse beaucoup d’amateurs à ne jamais vraiment couper. Chez les pros, la coupure est largement acceptée, surtout pour recharger mentalement après une saison éprouvante.
Oui, on perd un peu. Mais on repart souvent plus fort, parce qu’on repart frais.
Erreur n°7 – Manquer de régularité
L’entraînement en dents de scie
Chez les pros, cette erreur apparaît surtout en cas de blessures ou de chutes répétées. La progression se fait sur la durée, par blocs cohérents. Pas par à-coups.
La régularité reste l’un des piliers les plus sous-estimés de la performance.
Erreur n°8 – Sous-estimer la nutrition
Bien manger, c’est déjà s’entraîner
Chez les pros, la nutrition n’est plus un avantage : c’est un prérequis. Celui qui néglige ce point prend immédiatement du retard.
Chez les amateurs, sans nutritionniste, de simples ajustements peuvent déjà faire une énorme différence : manger pendant l’effort, boire autre chose que de l’eau, améliorer la qualité globale de l’alimentation.
Pas besoin de révolution. Juste de compréhension.
Erreur n°9 – Oublier le mental
Le corps suit rarement quand la tête ne suit plus
La préparation mentale est de plus en plus intégrée au haut niveau. Pas parce que les coureurs sont faibles mentalement, mais parce que la performance est un tout.
Chez les amateurs, quelques séances, quelques outils, peuvent déjà aider à mieux gérer stress, pression et attentes.
Erreur n°10 – Vouloir tout contrôler
La quête impossible de la perfection
Planifier chaque détail peut vite devenir une source de stress permanente. Jimmy raconte combien l’absence d’entraîneur l’avait poussé à douter sans cesse de ses choix.
S’entourer, déléguer, faire confiance : parfois, lâcher un peu de contrôle libère énormément d’énergie mentale.
En conclusion : l’erreur n’est pas le problème
Le vrai danger, ce n’est pas de faire des erreurs.
C’est de ne pas les analyser.
Comme le résume parfaitement Jimmy Turgis : « Tant qu’il y a de l’humain, il y aura des erreurs. Il faut juste savoir les analyser… et ne pas les reproduire. »
Et finalement, c’est peut-être ça, la vraie définition de la progression chez les pros comme chez les amateurs.