Maël Guégan : une carrière de cycliste professionnel construite étape par étape

Il y a des carrières qui explosent très tôt. Et puis il y a celles qui se construisent patiemment, kilomètre après kilomètre, sans brûler les étapes. Celle de Maël Guégan appartient clairement à la deuxième catégorie.

Coureur professionnel au sein de la formation CIC U Nantes Atlantique, Maël n’est pas du genre à courir après les projecteurs. Lui, ce qui l’anime avant tout, c’est le sport, le mouvement, l’apprentissage. Et le vélo, qu’il pratique aujourd’hui à haut niveau, est presque une conséquence logique d’un parcours façonné par la curiosité, la rigueur… et beaucoup de plaisir.

Avant d’être cycliste, Maël est un sportif

« Je suis un passionné de sport avant d’être un passionné de vélo. »
La phrase donne le ton.

Chez les Guégan, le sport est une affaire de famille. Un père ancien coureur, aujourd’hui encore son entraîneur. Une mère prof de sport. Des frères engagés dans différentes disciplines. Dès l’enfance, Maël grandit dans un environnement où pratiquer un seul sport serait presque suspect.

Basket, football, badminton, vélo… Tout y passe. Le sport est omniprésent, structurant, mais jamais vécu comme une contrainte. « On avait toujours deux sports en parallèle », raconte-t-il. Une culture de la diversité qui marquera profondément sa façon de s’entraîner… et de penser le vélo.

Le vélo, d’abord pour l’aventure, ensuite pour la compétition

La rencontre avec le vélo ne se fait pas immédiatement par la course. Elle commence par l’envie de suivre son père, de partir explorer le routes, de découvrir ce qu’il y a « un peu plus loin ».

Le passage à la B’Twin U19 Racing Team marque un tournant décisif. Maël n’a alors que 14–15 ans, mais il découvre déjà les exigences du haut niveau.

Jusque-là, il gagnait beaucoup, souvent « facilement », porté par un sens tactique affûté, transmis par son père. En U19, il change de dimension : nutrition, sommeil, stages, structuration de l’entraînement… Chaque détail compte. « Plus tu t’intéresses aux petits détails, plus tu progresses. Et quand tu vois les effets sur ton corps, tu as envie de tout faire à 110 %. »

👉 C’est là que naît chez lui cette approche presque scientifique de la performance, qu’il n’abandonnera jamais.

Études et vélo : le choix de ne pas choisir trop vite

Contrairement à certains talents précoces d’aujourd’hui, Maël ne bascule pas immédiatement dans le tout-vélo. Il poursuit une licence de biologie des organismes à l’université de Rennes.

Un choix assumé, mais coûteux en temps et en énergie. Pendant que certains enchaînent les sorties de quatre ou cinq heures, lui doit souvent se contenter de deux heures en fin de journée, après les cours.

Il en est conscient : cela a probablement ralenti sa progression. Mais il ne regrette pas « Ça m’a construit en tant que personne, pas seulement en tant que cycliste. »

👉 À l’époque, passer professionnel directement après les juniors n’est pas la norme. Maël suit donc un parcours plus “classique” : quatre années chez les espoirs, en National 1, à progresser lentement mais sûrement.

Un entraînement massif… mais jamais monotone

Aujourd’hui, Maël fait partie de ces coureurs capables d’encaisser des semaines proches de 30 heures d’entraînement. Un volume conséquent, même à haut niveau.

🎯 Sa particularité ? La variété.

Musculation toute l’année, course à pied régulière, VTT, gravel… Le vélo reste central, mais jamais exclusif. Ce choix n’est pas seulement dicté par la prévention des blessures : il est aussi pleinement assumé comme un levier de performance. « Après une séance de course à pied le matin, je peux développer de meilleures puissances max sur le vélo. Les muscles sont déjà réveillés. »

Mais surtout, cette diversité permet de préserver l’essentiel : le plaisir.

Gravel, VTT, nature : l’antidote à la lassitude

Quand on passe des centaines d’heures par an sur un vélo, la lassitude n’est jamais loin. Maël l’a bien compris.

Le gravel devient une alternative idéale aux longues sorties d’endurance : mêmes intensités, mêmes capteurs de puissance, mais d’autres paysages… et surtout, moins de voitures. Le VTT, lui, est vécu comme une séance “plaisir”, parfois sans même regarder les données. « Tu prends ton VTT, tu vas sur les chemins, tu t’amuses techniquement. C’est presque une récompense dans la semaine. »

👉 Et s’il ne fallait retenir que deux piliers de son quotidien, Maël ne tergiverse pas : le sommeil et la nutrition.

Côté sommeil : 22h–8h quasiment tous les jours, plus une sieste quand c’est possible. Quitte à zapper un massage après une course tardive pour dormir plus longtemps.

Côté nutrition, même exigence. Maël cuisine beaucoup, pèse ses apports, ajuste ses repas en fonction des séances. Non par obsession, mais par nécessité. « À ce niveau-là, si tu ne le fais pas, d’autres le feront. Et tu seras en retard. »

Un entraîneur pas comme les autres : son père

La relation est atypique, mais elle fonctionne. Depuis les années espoirs, c’est son père qui l’entraîne. Ancien coureur, diplômé, passionné de sciences et toujours en veille sur les évolutions de l’entraînement.

Entre eux, la confiance est totale. Les plans sont construits à deux, ajustés en permanence. Le mélange entre méthodes “à l’ancienne” et données modernes crée un équilibre qui correspond parfaitement à Maël.

Coureur continental, Maël évolue dans un monde souvent méconnu du grand public. Oui, il est professionnel. Non, il ne fait pas le Tour de France. Et ce n’est ni une anomalie, ni un échec.

Les écarts de budget entre équipes sont gigantesques. Les rôles aussi. Dans son équipe, Maël est avant tout équipier, rouleur-baroudeur, précieux dans l’ombre. « Ma course s’arrête souvent avant l’arrivée. Mais je vis l’arrivée à travers mon leader. »

Et demain ?

À 27 ans, Maël continue de progresser. Les données le confirment, les sensations aussi. Il rêve d’un jour passer dans une équipe World Tour, de courir le Tour de France, ou de voir son équipe actuelle franchir un nouveau cap.

Mais il garde une lucidité rare sur la précarité du cyclisme professionnel, les contrats qui s’arrêtent, les carrières écourtées malgré le talent. « Être coureur pro, c’est déjà une chance. Il faut aussi savoir s’en satisfaire. »


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