Yannis Pelé : de la chute au lit d’hôpital, son combat pour se reconstruire

Le 2 juillet 2016, Yannis Pelé a 17 ans. Il vient de signer un top 20 en Coupe du monde junior de VTT descente. Il est sur un nuage.
Quelques semaines plus tard, ce nuage s’écrase contre une passerelle en bois à Serre-Chevalier.

Fracture de deux vertèbres. Moelle épinière touchée.
Diagnostic : paraplégique. Pronostic : « Les chances de remarcher sont très, très infimes ».

Huit ans plus tard, Yannis Pelé roule à 3 742 mètres d’altitude sur une arête alpine, falaise à gauche, glacier à droite.

Entre ces deux images : un lit d’hôpital, un carnet rempli de la même phrase écrite des centaines de fois, et une obsession.

👉 Et un film, co-réalisé par Alexandre Silva qui raconte son histoire.

« Je vais remarcher. »

Quand le chirurgien lui annonce qu’il ne marchera probablement plus, Yannis ne s’effondre pas. Il n’entre pas en phase de déni bruyant. Il entre en mode fixation. « Le fauteuil roulant, j’y pense même pas. Pour moi, il y a vraiment une seule issue : remarcher. »

À 17 ans, il décide que le diagnostic n’est pas une fin. Juste une donnée. Dans sa chambre d’hôpital, il écrit tous les jours la même phrase dans un carnet : « J’ai confiance en la vie, j’ai confiance en moi. Je suis une personne chanceuse. Je vais remarcher. »

Encore. Encore. Encore. Pas comme une formule magique. Comme un entraînement.

Le mental, version concrète (pas Instagram)

On parle souvent de “travail mental” comme d’un concept flou. Chez Yannis, c’est presque mécanique.

Trois fois par jour, pendant des années, il visualise :

  • un signal qui part de son cerveau

  • descend dans la moelle épinière

  • répare les connexions

  • rallume les circuits nerveux « J’imaginais des petits bonhommes qui travaillaient au niveau de ma moelle épinière et qui recréaient les signaux. »

Pour rendre la visualisation crédible, il apprend l’anatomie. Il regarde comment sont formées les vertèbres, comment fonctionnent les nerfs. Il veut comprendre pour mieux imaginer.

Ce n’est pas mystique. C’est structuré. Répété. Discipliné. Comme un plan d’entraînement.

Crédit : Almo Film

76 jours entre quatre murs

« Ça fait soixante-seize jours que je suis dans cette chambre d’hôpital » 76 jours.

Pendant que d’autres patients jouent aux cartes en fin de journée, Yannis retourne dans sa chambre pour refaire les exercices du kiné. Puis ses visualisations.

Le staff médical lui dit parfois qu’il en fait trop. Lui pense l’inverse : « Pour moi, il n’y a jamais trop. ». Il refuse même d’apprendre à manier un fauteuil roulant. Non par orgueil. Par cohérence avec son objectif. Il est devenu, selon ses propres mots, « un robot ».

Obsessionnel ? Oui. Efficace ? Aussi.

Le premier signal

Trois semaines après l’accident, le kiné remarque une micro-contraction au niveau d’un orteil.

Pas un mouvement spectaculaire. Un frémissement.

Pour Yannis, c’est une victoire stratégique. « Là, pour moi, c’était gagné. J’ai des signaux qui repassent. »

Chaque contraction devient une preuve. Chaque preuve renforce la croyance. Chaque croyance nourrit le travail. Une boucle vertueuse.

Crédit : Almo Film

La bulle

Ce qui frappe son entourage, c’est l’absence de doute visible. « Aussi fou que ça puisse paraître, j’ai jamais eu de coup de mou. » Ses parents craquent parfois en sortant de la chambre. Lui ne le voit pas. Il est dans sa bulle.

Une bulle faite de :

  • visualisations

  • répétitions

  • discipline

  • et une motivation unique : remonter sur son vélo

Car oui, au fond, tout part de là.

Sans le vélo, rien n’aurait été pareil

Yannis ne voulait pas “juste” marcher.
Il voulait rider. « Sans le vélo, je n’aurais peut-être pas eu cette motivation et cette capacité à me battre pendant des années. »

Le vélo, c’est :

  • la liberté

  • la montagne

  • ses amis

  • son identité

C’est ce qui transforme une rééducation en projet. On parle souvent d’objectif SMART en performance. Yannis avait mieux : un objectif vital.

Crédit : Almo Film

Remarcher, puis revivre

Il remarche. Contre les probabilités.

Mais il ne s’arrête pas là. Il veut retrouver ses sensations. Son adrénaline. Sa concentration extrême.

Dans la scène finale du film, il descend une arête alpine engagée à plus de 3 700 mètres d’altitude. « J’avais un petit stress quand même… mais c’est une peur qui te met dans une bulle de concentration extrême. »

Avant l’accident, il roulait à 110 % en compétition.
Aujourd’hui, il se limite à 70–80 % de ses capacités. Non pas par peur. Par intelligence du risque. Il a appris à connaître ses limites. Et à ne plus les dépasser inutilement.

Ce que cette histoire dit au sport (et au reste)

Yannis répète qu’il se sent « profondément heureux chaque matin » d’être simplement debout. Son message n’est pas : “Le mental guérit tout.”

Son message est plus subtil :

  • Nous avons tous des capacités insoupçonnées.

  • L’entourage compte.

  • La direction compte.

  • La répétition compte.

  • Et surtout : ne rien laisser au hasard. « On a tous cette force en nous. »

Dans le sport, dans un projet pro, dans une blessure, dans une épreuve personnelle… La question n’est pas seulement : Est-ce que c’est possible ? Mais : Qu’est-ce que je suis prêt à mettre en place pour que ça le devienne ?

Et pour découvrir son histoire, on vous partage le film

Yannis le dit lui-même : c’est le film qu’il aurait aimé voir à l’hôpital.

Pas pour vendre du rêve. Pour offrir un exemple concret.

Parce qu’entre un diagnostic et une destinée, il existe parfois un espace. Un espace fait de discipline, de croyance, d’obstination et d’amour des autres.

Et parfois, pas toujours, mais parfois, cet espace suffit.

On parle souvent de performance sur DLTDCy. Chronos, watts, VO2max. L’histoire de Yannis Pelé rappelle une chose essentielle :
La première performance, c’est se relever. Et parfois, se relever, c’est déjà gagner.


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