Dans la peau d’un coach : comment il bâtit une saison gagnante (avec Jimmy Turgis)
On connaît les coureurs, leurs watts, leurs résultats, parfois leurs défaillances exposées en pleine lumière. On connaît beaucoup moins celui qui œuvre en coulisses. Celui qui planifie, anticipe, ajuste, temporise… et oriente une carrière ou une saison.
Dans cet épisode de Dans la tête d’un cycliste, le podcast propose justement de passer de l’autre côté du vélo, dans la tête de Jimmy Turgis, entraîneur au sein de l’équipe Groupama-FDJ.
🎯 Objectif : comprendre concrètement ce qu’implique le rôle de coach, comment se construit une saison, et pourquoi l’entraînement ne se résume jamais à une simple succession de séances.
Coach : une définition simple, un rôle complexe
Pour expliquer son métier à ses enfants, Jimmy Turgis utilise une image volontairement simple : « C’est la personne qui aide l’athlète à savoir quoi faire et quand, pour être le plus performant possible le jour de la course. »
Derrière cette définition se cache pourtant une réalité bien plus riche. Aujourd’hui, dans le cyclisme professionnel, le coach ne travaille plus seul. Il évolue au sein d’un écosystème composé de préparateurs physiques, de préparateurs mentaux, de nutritionnistes, de médecins et de directeurs sportifs.
Son rôle reste toutefois central : il coordonne, donne une direction et assure la cohérence globale du projet sportif.
Le quotidien du coach : planifier, analyser, échanger
Contrairement à certaines représentations, le coach cycliste n’est pas en permanence sur le terrain. La majeure partie de son travail s’effectue à distance : plateformes d’analyse, appels, messages, visioconférences.
Le quotidien de Jimmy Turgis repose sur trois axes majeurs :
La planification, pour structurer l’entraînement dans le temps.
L’analyse, afin d’évaluer chaque séance et son impact.
La communication, indispensable pour instaurer une relation de confiance durable.
« Si un athlète a mal dormi et qu’une séance très exigeante est prévue, il faut parfois savoir adapter. Sinon, cela peut avoir des répercussions sur la suite. »
Une saison se construit bien avant le premier dossard
Dans le cyclisme professionnel, la saison suivante se prépare dès la période de coupure, souvent à l’automne.
C’est à ce moment que l’entraîneur analyse la saison écoulée et commence à dessiner la suivante.
🎯 La démarche est méthodique :
Identifier les objectifs prioritaires du coureur et de l’équipe.
Construire un calendrier de courses cohérent.
Organiser les blocs d’entraînement, de récupération et de travail spécifique en remontant progressivement dans le temps.
Avec parfois près de 60 jours de course par an, l’équilibre entre performance, récupération et progression devient un enjeu central.
Une relation fondée sur la co-construction
Pour Jimmy Turgis, la réussite d’une saison repose sur une logique claire : rien ne se fait à sens unique.
L’entraîneur apporte une vision globale et du recul, là où l’athlète est souvent très focalisé sur l’événement immédiat. « L’athlète peut avoir l’impression qu’un échec remet tout en question. Le rôle du coach est de replacer cela dans un contexte plus large. »
Mais l’engagement doit aussi venir du coureur. Un objectif imposé sans motivation réelle perd rapidement de son sens.
L’humain au cœur de l’entraînement
Si la planification est essentielle, Jimmy Turgis insiste sur un point : la relation humaine reste déterminante.
Un athlète doit pouvoir exprimer sa fatigue, ses doutes ou ses contraintes personnelles sans crainte.
Cette confiance permet au coach d’adapter l’entraînement avec justesse, sans rigidité excessive.
Même les sorties en groupe, parfois plus intenses que prévu, peuvent être intégrées au plan si elles sont anticipées et comprises.
Donner du sens aux séances
Pour renforcer l’implication des athlètes, Jimmy Turgis aime concevoir des séances directement inspirées des parcours de compétition.
Il cite l’exemple d’un junior sélectionné aux championnats du monde, pour lequel il a reproduit précisément les exigences du circuit à l’entraînement : intensités, durées d’effort, phases de récupération.
L’objectif n’était pas uniquement physiologique, mais aussi mental : permettre à l’athlète de se projeter et de comprendre la finalité de chaque exercice.
Données et sensations : un équilibre à trouver
Capteurs de puissance, fréquence cardiaque, indicateurs de récupération… la technologie occupe désormais une place importante dans l’entraînement.
Pour Jimmy Turgis, ces données sont précieuses, mais doivent rester secondaires par rapport aux sensations.
« Les sensations de l’athlète restent prioritaires. Les données servent à les compléter, pas à les remplacer. »
Le rôle du coach consiste alors à trier, interpréter et contextualiser ces informations pour éviter les biais ou les décisions hâtives.
Structurer l’entraînement sur la durée
Le cyclisme est un sport d’endurance, mais l’entraînement ne se limite pas à accumuler les heures.
Il repose sur quelques principes fondamentaux :
une base d’endurance solide,
un travail ciblé des différentes filières,
une variation des charges,
des phases de récupération pour assimiler le travail effectué.
Jimmy Turgis privilégie notamment des cycles alternant charge et décharge, afin de favoriser la progression sans épuisement.