Étape du Tour Femmes : les clés du parcours et de la stratégie

Le Mont Ventoux. Deux mots qui suffisent à faire monter le cardio… même à l’arrêt. En 2026, l’Étape du Tour de France Femmes s’achèvera là-haut, sur ce sommet aussi mythique qu’impitoyable. Une arrivée qui promet autant de souvenirs que de jambes lourdes.

Pour décrypter ce parcours et comprendre comment s’y préparer intelligemment, nous avons tendu le micro à Jimmy Turgis, entraîneur et fin connaisseur du haut niveau.

🎯 Objectif : transformer l’expérience pro en conseils concrets pour les amateurs et amatrices qui rêvent de se frotter au Géant de Provence.

Le Mont Ventoux, un col à part

Le Mont Ventoux se distingue par une architecture singulière, qui explique en grande partie sa réputation. L’ascension se découpe clairement en deux temps.

La première partie, en forêt, propose une pente soutenue mais relativement abritée. La végétation masque en partie la difficulté réelle, ce qui peut inciter à partir trop vite. Puis vient le Chalet Reynard, point de bascule visuel et physique. Le paysage change brutalement : plus d’arbres, plus d’ombre, uniquement la roche et le vent. « C’est un col très atypique. On voit le sommet, mais plus on avance, plus il semble s’éloigner », explique Jimmy Turgis.

Cette seconde portion, souvent qualifiée de “lunaire”, expose les cyclistes aux éléments et met le mental à rude épreuve.

L’appréhension du Ventoux : un passage obligé

La crainte qu’inspire le Mont Ventoux est largement partagée, et elle n’a rien d’irrationnel. Son histoire, marquée par des exploits mais aussi par des drames, en fait un col à part dans l’imaginaire collectif. « Dès qu’on évoque le Mont Ventoux, il y a un signal d’alerte qui s’allume dans la tête des coureurs. »

Cette appréhension peut toutefois devenir un atout, à condition qu’elle pousse à une préparation réfléchie et structurée.

Crédit : L’Etape du Tour de France, Mont Ventoux

Une Étape du Tour accessible… mais exigeante

Avec environ 120 kilomètres et 3 000 mètres de dénivelé positif, l’Étape du Tour Femmes peut sembler plus abordable que certaines éditions masculines. Pourtant, la difficulté majeure réside dans la concentration de l’effort sur la fin du parcours.

La montée finale conditionne le classement, mais elle ne doit pas faire oublier tout ce qui précède : vent, éventuelles bordures, successions de petites côtes. Autant d’éléments susceptibles d’entamer les réserves énergétiques avant même le pied du Ventoux. « Toute la stratégie consiste à préserver un maximum d’énergie pour la dernière ascension. »

Rouler en groupe : un principe fondamental

Sur la première partie du parcours, la gestion collective joue un rôle clé. Le bénéfice du drafting permet de limiter la dépense énergétique et d’aborder le Ventoux dans de meilleures conditions.

Deux stratégies principales s’offrent aux participantes :

  • intégrer un groupe légèrement plus rapide et rester à l’abri,

  • ou évoluer dans un groupe de niveau homogène en prenant régulièrement des relais.

Dans tous les cas, l’isolement prématuré constitue un désavantage majeur.

Crédit : L’Etape du Tour de France, Mont Ventoux

Anticiper la préparation : une nécessité

La réussite d’un tel objectif repose largement sur l’anticipation. Pour une cycliste déjà régulière, douze semaines constituent un minimum raisonnable pour structurer une préparation cohérente. Pour les profils plus novices, un délai plus long permet de construire une base d’endurance solide et de réduire le risque de défaillance. « Plus la préparation commence tôt, plus les adaptations physiologiques peuvent se faire progressivement. »

Les fondations de l’entraînement

La préparation repose sur quelques principes simples, mais incontournables :

  • la régularité, avant tout ;

  • le développement de l’endurance ;

  • le travail spécifique en côte, même sur des montées courtes ;

  • le renforcement de la force musculaire, via des cadences plus basses ;

  • la variété des séances, afin de stimuler l’organisme sans tomber dans la monotonie.

L’objectif est de se familiariser avec l’allure cible prévue sur le Ventoux et de préparer le corps à soutenir un effort long et continu.

Une montée sans répit

Contrairement au terrain plat, où l’inertie et l’aspiration offrent des phases de récupération, la montée impose un effort constant. « Dans un col comme le Ventoux, il n’y a pas de moment de relâchement. On est en lutte permanente contre la gravité. »

Cette spécificité explique la nécessité d’un travail ciblé, tant sur le plan physiologique que mental.

À l’entrée du Ventoux, les changements de rythme peuvent perturber les sensations. Le passage brutal d’une allure rapide sur le plat à une cadence plus faible en montée nécessite un temps d’adaptation. « Il ne faut pas tirer de conclusions trop hâtives sur ses sensations dans les premiers kilomètres. »

L’enjeu consiste à trouver rapidement son rythme, à s’y tenir, et à gérer l’effort sur la durée, notamment dans la partie finale exposée au vent.

Choix du matériel : privilégier la marge de sécurité

Le choix du braquet est déterminant. Un développement trop important entraîne une cadence trop basse, source de fatigue musculaire excessive, voire d’arrêt complet. « Il vaut mieux disposer d’un braquet plus petit que nécessaire que l’inverse. »

Un petit plateau de 34 ou 36 dents, associé à une cassette offrant une large amplitude, constitue une option sécurisante pour la majorité des pratiquantes. Côté roues, des profils plutôt bas favorisent la stabilité et la gestion de l’effort en montée.

Et d’un point de vue nutrition ?

La gestion nutritionnelle ne se limite pas à la montée finale. Elle doit être pensée dès le départ de l’épreuve. « L’objectif est d’arriver au pied du Ventoux avec des réserves énergétiques optimales. »

Les apports doivent être réguliers, adaptés à l’entraînement préalable et testés en amont. Augmenter brutalement les quantités de glucides sans préparation spécifique expose à des troubles digestifs susceptibles de compromettre l’ensemble de la performance.


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